VivaTech 2026 : le bilan complet, full IA
Pendant quatre jours, Paris a été la capitale mondiale de la tech. Du 17 au 20 juin 2026, la 10e édition de VivaTech a réuni Porte de Versailles plus de 200 000 visiteurs, une brochette de stars internationales et un thème omniprésent : l’intelligence artificielle. Derrière les chiffres records et le défilé de grands patrons, une question a traversé toute l’édition : l’Europe peut-elle transformer sa puissance d’attraction en véritable puissance technologique ?
Voici le bilan précis de cette édition anniversaire : les chiffres, le tournant de l’IA agentique, l’obsession de la souveraineté, les temps forts et ce qu’une PME ou une ETI peut concrètement en retenir.
VivaTech 2026 en chiffres : une 10e édition record

Pour son anniversaire, le salon cofondé en 2016 par Publicis et le groupe Les Échos-Le Parisien a changé de dimension. Selon le bilan officiel des organisateurs, l’édition 2026 a réuni :
- Plus de 200 000 visiteurs issus de 165 nationalités, contre 180 000 en 2025 : un record, et un cap symbolique pour le plus grand événement tech d’Europe.
- Plus de 15 000 startups et 1 155 intervenants, dont de grands noms de la tech mondiale.
- Plus de 4 500 exposants, dont 61 % d’internationaux, et 60 pavillons nationaux.
- Plus de 5 milliards d’impressions cumulées sur les réseaux sociaux.
Pour absorber cette affluence, VivaTech a quitté le hall 1 occupé pendant neuf ans pour investir le pavillon 7, le plus grand de la Porte de Versailles, déployé sur trois niveaux et environ 70 000 m² d’exposition (20 000 de plus que l’an passé). Le salon a même débordé sur les Champs-Élysées, transformés en vitrine technologique le 14 juin. Le mot d’ordre choisi pour l’édition, « AI : Impact, not Illusion », donnait le ton : après l’emballement, l’heure est aux usages concrets.
L’IA partout : de l’IA générative à l’IA agentique
Du rez-de-chaussée au dernier étage, l’IA s’est invitée dans presque chaque prise de parole. Et le glissement sémantique de l’année est clair : on parle désormais moins d’IA générative que d’IA agentique, ces systèmes capables d’exécuter des tâches en autonomie.
Sur la scène du VivaTech Theater, deux ingénieurs d’OpenAI, Thibault Sottiaux (responsable Core Product & Platform, à l’origine de Codex) et Peter Steinberger (créateur de l’agent open source OpenClaw, qui a récemment rejoint OpenAI), ont retracé cette bascule. Leur formule a fait mouche : « l’IA parle à l’IA ». L’utilisateur ne réalise plus le travail aux côtés d’un agent ; il s’adresse à un modèle qui délègue lui-même à d’autres agents, dans une logique d’orchestration en cascade.
Trois enseignements méritent d’être retenus pour les entreprises :
- L’usage devient grand public. Selon les deux ingénieurs, la plus forte croissance ne vient pas des développeurs, mais du travail généraliste en entreprise.
- Le jugement reste humain. Le goût, la sensibilité et l’esthétique restent difficiles à transmettre à une machine. Steinberger compare les modèles à un marteau : très puissant, mais inutile sans quelqu’un pour le manier.
- Le logiciel a encore de beaux jours. Les agents ne signeront pas la fin du SaaS à court terme : maintenir un service fiable demande beaucoup de travail. Mais demain, chacun pourrait disposer d’un agent personnel générant ses propres outils à la volée.
Souveraineté numérique : le fil rouge de l’édition
S’il fallait retenir un thème politique, ce serait celui-là. L’édition 2026 a mis en scène une contradiction devenue difficile à masquer : jamais les entreprises européennes n’ont autant parlé de souveraineté, jamais elles n’ont autant dépendu des clouds, des puces et des modèles venus des États-Unis ou d’Asie. Un baromètre OpinionWay réalisé pour VivaTech auprès de plus de 1 500 dirigeants illustre la tension : 92 % disent privilégier un fournisseur national ou local pour un nouvel outil, et la cybersécurité s’impose comme premier poste d’investissement (82 %), devant l’IA (76 %).
Cette prise de conscience a été accélérée par une décision survenue quelques jours avant le salon : l’ordre donné par Washington à Anthropic de couper l’accès à ses modèles Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 pour les utilisateurs non américains. De quoi rappeler brutalement le risque de dépendre de solutions non européennes — un sujet que recoupe directement l’entrée en application de l’AI Act. Sur les stands, les acteurs français du cloud OVHcloud et Scaleway en ont fait un argument central.
Le débat a aussi été porté par de grandes voix. Aidan Gomez, PDG du canadien Cohere, a plaidé pour qu’une démocratie occupe enfin la deuxième place de la course à l’IA, derrière les États-Unis. Joe Tsai, président d’Alibaba, a défendu l’open source chinois comme une alternative : pourquoi mettre, selon son image, tous ses œufs dans le même panier ? Côté français, la réponse tient en une ambition : bâtir une « troisième voie » de l’IA, alternative aux modèles américains et chinois.
Cette ambition s’est traduite par des annonces concrètes :
- « Choose European Tech » : le programme français « Je choisis la French Tech » qui a franchi le cap des 2 milliards d’euros d’achats auprès de startups tricolores, s’étend à l’échelle du continent. Selon Les Échos, huit pays se sont engagés au lancement (France, Belgique, Allemagne, Espagne, Portugal, République tchèque, Roumanie et Serbie).
- Tibi 3 : la troisième phase de l’initiative destinée à orienter l’épargne institutionnelle vers la deeptech a été officialisée à Bercy, avec 13 milliards d’euros déjà sécurisés et une cible de 15 milliards d’ici fin 2026.
- La revanche des scientifiques : signe d’un changement de profil de l’écosystème, 38 % des lauréats du Next 40 2026 sont issus de la deeptech, contre 8 % un an plus tôt, selon Les Échos.
Les stars et les temps forts
La tête d’affiche de l’édition n’était autre que Jeff Bezos. Le fondateur d’Amazon est monté sur la scène principale aux côtés de Dave Limp (directeur général de Blue Origin) et de l’ancien astronaute de la NASA Mike Massimino, pour parler conquête spatiale, IA et entrepreneuriat. Son message : il n’y aurait jamais eu de meilleure époque pour lancer une entreprise.
L’autre temps fort fut politique. Emmanuel Macron est venu pour la dernière fois à VivaTech en tant que président de la République, à moins d’un an de la présidentielle. Agenda chargé oblige, entre G7 et obligations diplomatiques, il n’a pas pris la parole sur scène mais a déambulé dans les allées avec le Premier ministre indien Narendra Modi, l’Inde étant le « partenaire IA » de l’année (et son pavillon hébergeait plus de 80 startups). Le chef de l’État a réservé sa déclaration d’amour à la French Tech pour une réception à l’Élysée le 19 juin.
Côté français, Yann LeCun a confirmé son statut de nouvelle égérie de la tech tricolore. Pionnier de l’IA et prix Turing, il est revenu à Paris dans un rôle inédit d’entrepreneur, après avoir levé près de 890 millions d’euros (plus d’un milliard de dollars) pour AMI Labs, sa startup dédiée aux « world models », ces IA censées mieux comprendre le monde physique.
L’édition a aussi inauguré les premiers VivaTech Bloomberg Awards, présentés comme les « Oscars de la tech ». Parmi les figures distinguées : Tim Berners-Lee, l’inventeur du web, Joe Tsai (Alibaba) et Yann LeCun. Peter Steinberger, le créateur d’OpenClaw, a quant à lui décroché le « Breakthrough Award ».
L’invasion des robots
Impossible de les manquer : les robots humanoïdes ont fait le show dans les allées, quitte à casser quelques écrans en dansant. Ce sont surtout ceux des entreprises chinoises Unitree et Agibot, et leurs chorégraphies bien rodées, qui ont fasciné les visiteurs. Un rappel de la domination chinoise sur ce terrain : selon le cabinet Omdia, la Chine a fabriqué 87 % des 13 000 robots humanoïdes déployés dans le monde en 2025.
Les Européens tentent toutefois de revenir dans la course. La française Enchanted Tools présentait son robot Mirokaï, capable de s’exprimer dans une cinquantaine de langues ; l’espagnole Pal Robotics, ses modèles fabriqués à Barcelone pour la logistique et l’agriculture ; et l’allemande Neura Robotics, ses robots industriels et domestiques. La startup française HABS a même proposé, avec un robot Unitree, une expérience bluffante d’interface cerveau-machine.
Au-delà de l’IA : santé, création et espace
Tous les regards n’étaient pas tournés vers les modèles de langage. La santé et la longévité ont confirmé leur montée en puissance, avec près de 200 exposants (contre 140 l’an dernier) et des stands très remarqués de Samsung et L’Oréal.
La création n’était pas en reste. Interrogée sur l’existence d’une « ligne rouge » qui interdirait les contenus générés par IA, Elizabeth Stone, directrice produit et technologie de Netflix, a refusé d’en fixer une : la plateforme se positionne en fournisseur d’outils et laisse le choix aux créateurs. C’est lors de cette même conférence qu’a été confirmée l’intégration des chaînes et du catalogue de TF1 dans Netflix en France, une première mondiale pour ce type d’accord. Enfin, c’est la tête dans les étoiles que l’édition s’est refermée, avec l’intervention de l’astronaute Thomas Pesquet lors de la journée grand public du samedi.
Ce qu’il faut en retenir pour une PME ou une ETI
Au-delà du spectacle, VivaTech 2026 envoie deux signaux utiles aux dirigeants. D’abord, l’IA agentique n’est plus un sujet de laboratoire : la valeur se déplace vers l’automatisation de tâches métier concrètes, et l’enjeu devient moins « quel modèle » que « quel cas d’usage, avec quels garde-fous ». Ensuite, la souveraineté numérique cesse d’être un slogan : le coup de force américain sur l’accès à certains modèles d’IA rappelle qu’une dépendance technologique est aussi un risque opérationnel. Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de PME investissent dans l’IA de façon structurée plutôt qu’au coup par coup.
Pour une PME ou une ETI, la bonne réponse n’est ni l’attentisme ni la course au dernier outil, mais une démarche cadrée : identifier les cas d’usage à fort retour, sécuriser ses données et monter ses équipes en compétence. C’est exactement le métier d’OMIA : un diagnostic pour prioriser, de la formation pour ancrer les bons réflexes, puis l’automatisation de ce qui le mérite. Envie d’en discuter pour votre organisation ? Parlons-en.
FAQ — VivaTech 2026
Quelles étaient les dates de VivaTech 2026 ?
VivaTech 2026 s’est tenu du 17 au 20 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles. La prochaine édition est annoncée du 16 au 19 juin 2027, au même endroit.
Combien de visiteurs à VivaTech 2026 ?
Plus de 200 000 visiteurs issus de 165 nationalités, un record pour le salon, contre 180 000 en 2025.
Quel était le thème de VivaTech 2026 ?
Le mot d’ordre officiel était « AI : Impact, not Illusion ». L’intelligence artificielle, la souveraineté numérique européenne et la deeptech ont dominé les débats.
Quels pays étaient à l’honneur ?
L’Allemagne était le « Country of the Year 2026 » (avec une délégation de quelque 200 startups) et l’Inde, le « partenaire IA » de l’année, représentée par le Premier ministre Narendra Modi.
Qui était la tête d’affiche ?
Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin, qui a parlé espace, IA et entrepreneuriat sur la scène principale.
Qu’est-ce que l’IA agentique évoquée à VivaTech ?
Il s’agit d’IA capables non plus seulement de générer du contenu, mais d’exécuter des tâches en autonomie, en enchaînant des actions et en déléguant à d’autres agents — une logique résumée à VivaTech par la formule « l’IA parle à l’IA ».
Sources
- VivaTech / PRNewswire — Communiqué officiel de bilan (chiffres de l’édition)
- Maddyness — VivaTech : on dresse le bilan de cette 10e édition record
- Blog du Modérateur — OpenAI et OpenClaw racontent le tournant de l’IA agentique
- Blog du Modérateur — Ce qu’on a entendu sur l’IA à VivaTech 2026
- La Voix de France — Mistral, deeptech et souveraineté numérique